VOLKHVA
VOLKHVA: généalogie morpho-graphique
Issu du vieux russe, волхв, désignant un devin, mage ou spécialiste du sacré païen, le néologisme poétique archaïsant Volkhva (Волхва) autorise une lecture renouvelée des archétypes de la prophétesse, de la magicienne ou de la voyante sacrée.
Le choix de la désinence -a ne vise pas à proclamer l’existence d’une prophétesse historique, mais à faire résonner un féminin singulier à valeur collective, attesté dans la nomenclature ethnonymique de la Chronique des temps passés (Povest’ vremennykh let), étudiée par Paul Bushkovitch (Rus’ in the Ethnic Nomenclature of the Povest’ vremennykh let).
Volkhva mobilise une possibilité morphologique réelle du fonds slave, bien que cette forme ne soit pas historiquement fixée comme lexème féminin. Le choix de la désinence féminine ancienne -a répond à une nécessité pragmatique et éditoriale, autant que linguistique.
Héritée du proto-slave, la désinence féminine -a peut fonctionner comme simple marqueur de genre, sans morphème dérivationnel explicite, à la différence des suffixes spécialisés (-ица, -иня, -вия).
Parce qu’elle est la moins marquée du système slave, elle n’assigne aucune fonction ni spécialisation sémantique déterminée, aucun rôle social. Elle n’enferme pas, mais permet de maintenir le terme dans une zone ouverte, propice à la circulation des sens.
À l’encontre de l’effet de catégorisation explicite (fonction, agentivité, abstraction) produit par le recours à des suffixes dérivationnels spécialisés (-ица, -иня, -вия) l’usage de -a privilégie ainsi une féminisation minimale, non descriptive, qui ne fixe ni statut ni identité, mais laisse place à une configuration collective et mouvante.
Ce choix correspond à la démarche de cette revue : rendre visibles des présences liminales, transversales et non normatives, sans les réduire à des catégories préexistantes. Penser le féminin non comme une étiquette, mais comme un espace de transformation.
Volkhva évoque moins une entité qu’une constellation d’écritures féminines et marginales, qui explorent les seuils, entre raison et mystère, mémoire et métamorphose, et contribuent ainsi à transformer la littérature et les imaginaires.
AU SEUIL
VOLKHVA VEILLE